Il existe un paradoxe qui me révolte.
Nous préparons pendant neuf mois l'arrivée d'un bébé. Nous choisissons une poussette, une maternité, une table à langer, des vêtements en taille naissance. Nous lisons des livres sur le sommeil, l'allaitement, la diversification alimentaire. Nous passons des heures à imaginer la vie de notre enfant.
Mais presque personne ne nous prépare à une chose pourtant essentielle : la naissance de la mère.
Comme si elle allait naître en même temps que son bébé, avec toutes les réponses en elle.
Comme si elle n'avait besoin de rien.
Comme si aimer son enfant suffisait à savoir comment traverser cette immense transformation.
Je ne crois pas à cette vision de la maternité.
Parce que je l'ai vécue.
Et parce que j'accompagne chaque semaine des femmes qui me montrent à quel point notre société les laisse seules au moment où elles auraient le plus besoin d'être entourées.
Je ne crois pas que les mères soient faibles.
Je crois qu'elles portent beaucoup trop.
Elles portent un bébé.
Puis elles portent la charge mentale.
Les nuits.
Les injonctions.
La culpabilité.
Le regard des autres.
Les conseils non sollicités.
La pression de bien faire.
La peur de se tromper.
Et elles finissent souvent par porter seules une transformation qui, depuis toujours, se vivait en communauté.
Nous avons perdu quelque chose de précieux : le village.
Celui où une jeune mère était, elle aussi, maternée.
Celui où demander de l'aide n'était pas un aveu d'échec mais une évidence.
Je suis convaincue qu'aucune femme ne devrait avoir à traverser cette étape seule.
Je ne suis pas là pour dire aux femmes comment être mères.
Je ne crois pas qu'il existe une seule bonne façon d'accoucher, d'allaiter, de porter son bébé ou de vivre son post-partum.
En revanche, je crois profondément qu'il existe une mauvaise façon de faire : laisser les autres choisir à leur place.
Mon rôle n'est pas de donner des réponses toutes faites.
Mon rôle est de transmettre des connaissances fiables, d'ouvrir des pistes de réflexion et de permettre à chaque femme de faire des choix éclairés.
Parce qu'une maternité choisie se vit différemment qu'une maternité subie.
Parce qu'une femme qui comprend ce qu'elle vit retrouve plus facilement confiance en elle.
Et parce que cette confiance change tout.
Je refuse les injonctions qui disent qu'une bonne mère doit s'oublier.
Je refuse l'idée qu'il faudrait retrouver son corps, son travail ou sa vie d'avant le plus vite possible.
Je refuse de considérer l'épuisement maternel comme une norme.
La maternité n'est pas une course.
Ce n'est pas une performance.
C'est un passage.
Un bouleversement.
Une initiation.
Elle transforme le corps, bien sûr, mais aussi l'identité, le couple, les priorités, les émotions et la manière d'habiter le monde.
Cette transformation mérite du temps.
Elle mérite de la douceur.
Elle mérite d'être accompagnée.
Mon approche est holistique parce qu'une femme ne se résume jamais à un symptôme ou à une grossesse.
Son alimentation influence son énergie.
Son environnement influence son sentiment de sécurité.
Son histoire familiale influence ses peurs.
Son cycle influence sa vitalité.
Ses émotions influencent son corps.
Tout est lié.
Accompagner une femme, ce n'est pas regarder un seul morceau du puzzle.
C'est l'accueillir dans toute sa complexité.
Je crois que prendre soin d'une mère est un acte profondément politique.
Parce qu'en prenant soin d'elle, nous prenons soin de son enfant.
De son couple.
De sa famille.
Et, à plus grande échelle, de la société que nous construisons.
Les générations futures ne commencent pas à la naissance d'un enfant.
Elles commencent dans la façon dont nous accueillons celles qui deviennent mères.
C'est pour cela que j'ai créé cet espace.
Pour transmettre, mais aussi pour questionner.
Pour redonner confiance plutôt que dicter une conduite.
Pour rappeler aux femmes qu'elles ont le droit de ralentir.
Le droit de changer d'avis.
Le droit de demander de l'aide.
Le droit de faire des choix différents.
Le droit d'écouter leur intuition autant que les données scientifiques.
Le droit d'inventer une maternité qui leur ressemble.
Je rêve d'un monde où préparer son post-partum serait aussi naturel que préparer sa valise de maternité.
D'un monde où chaque mère serait entourée d'un véritable village.
D'un monde où les femmes ne survivraient plus à leur maternité, mais la vivraient avec confiance, puissance et sérénité.
C'est ce monde que je choisis de construire.
Une femme.
Une famille.
Une naissance à la fois.
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